Il y a des milliers et des milliers d’années, la vallée
de l’Eau d’Heure, n’existait pas. Les deux rives opposées
étaient soudées. Le sol devait présenter l’aspect
d’une cuvette allongée, orientée du nord au sud. Pendant
très longtemps, cette cuvette a été remplie
d’eau comme l’étaient la plupart de nos vallées au
temps des grottes.
On trouvé en effet sur les Hayettes, à même
le sol et en fouillant la couche arable, de très nombreux
galets ou cailloux aux arrêtes arrondies par le frottement
des eaux et en tous points semblables à ceux que l’on voit
dans le rond de la rivière. Lorsque vous gravirez la crête
de l’Hurlugeai, à mi-chemin du raidillon, sur votre droite,
vous verrez une très grosse pierre bizarre par ses couleurs.
Arrêtez-vous : c’est un magnifique poudingue. Observez-en
la structure. Remarquez qu’il est formé de nombreux petits
cailloux réunis par du ciment très dur. Cette agglutination
s’est produite par un séjour prolongé dans une eau
saturée de sels minéraux. Les mollusques et les infusoires
y pullulaient. Peu à peu, cet amalgame s’est asséché,
les mollusques et les infusoires se sont pétrifiés.
Telle est en quelques mots l’origine de nos pierres calcaires.
Les cheminées et les tablettes des fenêtres de la maison
de l’école, en pierre de Cour, laissent voir de façon
apparente les fossiles caractéristiques du dévonien
moyen, notamment les spirifères à ailes droites avec
huit plis marqués et les polypiers.
D’autre part, on sait que la surface de la terre subit sans cesse
des plissements. Ce sont ces plissements qui ont provoqué
une cassure dans l’écorce terrestre. La cuvette s’est alors
séparée et la vallée était formée.
Cette cassure est très apparente chez nous. En effet, des
deux côtés de la vallée, les bancs de roches
se retrouvent identique.
La vallée ainsi formée a reçu au cours de nombreux
millénaires les eaux d’alluvions venant du cours supérieur
et apportant avec elles des terres argileuses arrachées aux
déclivités qui forment ses rives. Cette action constructive
se continue encore de nos jours à chaque inondation. Et voilà
comment se sont formées ces belles et riches prairies naturelles
qui marquent le fond de la vallée.
Il est curieux d’observer de quelle façon la stratification
des roches s’est opérée. Ici, les bancs sont inclinés
à gauche, plus loin à droite; là, ils sont
presque verticaux; ailleurs,ils s’enchevêtrent; parfois ils
sont incurvés en fléchissant vers le milieu. Cette
disposition a parfois rendu difficile l’exploitation de certaines
couches.
Au point de vue de sa composition, le territoire de notre commune
se partage en trois zones bien distinctes; les terrains calcaires,
les terrains argileux et les terrains schisteux.
Dans la précédente chronique, nous avons expliqué
la présence et la formation du calcaire.L’argile est une
roche primitive à base d’alumine. La zone argileuse s’étend
dans la plaine ondulée vers Thuillies où elle voisine
et se confond avec la riche contrée que l’on a dénommée
l’enclave du pays de Liège. Cette argile n’a pas partout
la même dureté: le long du chemin de Rognée,
à proximité du bois de Peruwelz, on trouve à
fleur de terre, de l’argile plastique blanche pour poteries, dont
la qualité s’améliore en profondeur.
Le schiste qui couvre environ la moitié de l’étendue
de notre territoire, n’est autre que l’argile comprimée par
les plissements terrestres. En se désagrégeant, le
schiste redevient une argile rougeâtre de médiocre
qualité.
Dans les 495 ha de notre commune, la flore est loin d’être
uniforme; cela dépend de ce que le sol n’a pas partout la
même composition physique chimique et minéralogique.
Selon la nature du terrain, se sont formées des associations
végétales. Dans la vallée, formée d’un
limon fertile, la seule culture qui convienne est la prairie.
Dans la région argileuse, la betterave, le blé, le
lin et les pâturages trouvent leur habitat idéal. Mais
les pommes de terre, l’épautre et le seigle se cultivent
sur les terres schisteùses des Hayettes et le calcaire de
la Falise.
En certains endroits, le sol de la vallée est tout-à-fait
imperméable; dans ces bas-fonds humides, tels le Breucq,
Martimpré et la Prée, les roseaux, les joncs et autres
plantes aquatiques poussent naturellement. Les épines, les
mûriers et surtout les genêts ont spontanément
enfoncé leurs racines dans les terrains schisteux des Hayettes
et de la route de Hameau, parce que ce sont des plantes calcifuges.
De même, si nous trouvons des digitales, des myrtilliers,
des fougères dans le schiste du bois Jacques et du bois communal,
nous ne rencontrons aucune de ces plantes sur le territoire calcaire
de la Falise, parce que ce sont aussi des plantes calcifuges.
Par contre nous trouverons sur ce dernier des plantes calcicoles,
qui recherchent le calcaire, tels les grandes marguerites et le
serpolet qui, en eté, troue de grandes taches mauves le vert
fané des prairies.
C’est dans le terrain schisteux de nos bois que l’eau des pluies
s’infiltre et, rencontrant une couche imperméable, griguote
lentement les roches tendres, forme des nappes aquifères
souterraines qui alimentent les réservoirs de notre distribution
où viennent sourdre à chaque pas dans les talus de
Hurlugeai et de la route de Hameau, d’où elles ruissellent
en cascatelles sur les aspérités des "urées".
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