Car il y eut deux châteaux. Le premier, véritable château
féodal, s’élevait à pic au-dessus de la falaise
qui forme, à droite, l’entrée du cul de sac, à
l’endroit même où l’on trouve une carrière abandonnée.
Il était défendu par la vallee au fond de laquelle
coule l’Eau-d’Heure Il n’est pas interdit de supposer que les deux
murailles en pierres oui baiguent dans la rivière, au pied
de l’escarpement, sur les deux rives opposées, soient les
vestiges des assises d’une voie d’accès au château.
Lorsque, il y a trois-quarts de siècles, on a commencé
l’extraction de la pierre, on voyait encore les fondations de l’ancienne
forteresse notamment une immense voûte construite en pierres
qui abritait une vaste cave creusée à même le
roc.
Comme presque tous leurs congénères ces vestiges d’un
temps depuis longtemps révolu, sont tombés sous les
coups des pioches et des marteaux, ou ont sauté par les déflagrations
de la poudre.
Le second château a été construit au lie siècle
dans le fond de la vallée. L’on croit qu’il a été
incendié au XIII e siècle et qu’il fut rebâti
dans ses dispositions actuelles au XVe siècle.
Le nouveau corps de logis a été construit par le seigueur
Antoine de Glymes.
En effet, dans son testament en date du 15 mars 1588, on lit: "de
ma maison, jardins et édifices quelconques, réservez
le nouveau quartier de logis, par moi édifié, duquel,
haut et bas, ma femme Jeanne de Fero, jouira sa vie tout seulement."
Mais combien le manoir d’avant l’incendie était plus important
que le château actuel! La demeure seigueuriale occupait tout
le fond. Les linteaux des fenêtres montrent combien nombreux
étaient les appartements. Cette demeure était défendue
par une herse en fer qu’on relevait et abaissait à volonté
et que retenaient deux hautes murailles surmontées de créneaux.
Les oubliettes, les terribles oubliettes dont le nom seul donne
le frisson, devaient se trouver sous ce qui est aujourd’hui la laiterie,
dont certaines dalles du pavement rendent un son creux. L’imagination
se plait à évoquer, derrière ces petites fenêtres,
solidement protégées par des barreaux de fer, les
silhouettes des seigneurs et des gens de leur suite, où,
réunis près de l’âtre qui pétille, les
habitants du château écoutaient les exploits des trouvères
et leurs langoureuses complaintes.
Ce qui reste du château du XIe siècle est encore imposant.
La façade massive est flanquée de deux grosses tours
cylindriques percées de meurtrières par lesquelles
les défenseurs lançaient sur les assaillants leurs
flèches et leurs javelots. La tour de droite a été
dénommée, on ne sait pourquoi, la tour des revenants.
Une autre tour de moindres dimensions, protégeait le côté
sud; elle abrite aujourd’hui les meubles d’un vieux moulin.
Deux autres tours ont disparu: l’une à l’intérieur
de la cour près de la grange; l’autre à l’extérieur,
défendait le château du côté de la rivière.
Le donjon carré au pied de l’ancienne habitation, en haut
duquel les soldats faisaient le guet la nuit et le jour, est toujours
debout, en parfait état de conservation. |