La vieille église fut démolie en 1905.
C’était une construction quelconque de style roman. Le clocher
haut en pointe, s’élevait en promontoire avancé sur
la rue. Il n’y avait pas de transept, seulement une nef et le choeur,
ce qui faisait dire :
"Dans l’église de Cour-sur-Heure,
Quand on entre, on est dans l’choeur."
Les riches boiseries de style renaissance attiraient l’attention.
Le maitre-autel monumental, flanqué de colonnades élancées,
et que couronnait un dais merveilleux, s’élevait jusqu’à
la voûte.Une statue toute blanche de St Jean Baptiste, trônait
dans une niche au-dessus du tabernacle. Des hauts panneaux aux frontons
fouillés, lambrissaient les murs du choeur et réunissaient
l’autel principal aux autels latéraux de même style.
Une douzaine de bancs massifs finement sculptés complétaient
harmonieusement l’ensemble de ce riche mobilier.
Le jubé courait sur toute la largeur dans le fond de l’église
et s’avançait profondément dans la nef. Les murs tout
nus, tout blancs, mettaient en plus grande valeur encore, en les
accentuant, tous ces chefs d’oeuvre de la sculpture. En pénétrant
dans ce sanctuaire archaïque, dans la clarté avare que
tamisaient parcimonieusement les grisailles des petites fenêtres
romanes.
On avait l’impression d’être soudain transporté dans
un lointain et mystérieux passé.
En enlevant les dalles du choeur, les ouvriers eurent leur attention
attirée par un grand encadrement rectangulaire formé
de quatre dalles, rempli de sable. Etait-ce une tombe? Avec Monsieur
le Curé, nous avons fait enlever ce sable avec précaution.
Les prévisions étaient exactes.
A un mètre de profondeur environ, on mit à découvert
un squelette en parfait état de conservation. Les tibias
et les fémurs témoignaient par leurs dimensions qu’ils
avaient appartenu à un homme de puissante stature. Le crâne,
couleur ivoire, était particulièrement bien conservé:
un crâne volumineux au menton proéminent, autoritaire.
De qui s’agissait-il?
Un document va nous renseigner: dans son testament en date du 28
mars l588, "Antoine de Glimes élit sa sépulture en
la chapelle Meur St Jean Baptiste, au lieu de Cour. Nul doute, nous
nous trouvions devant les restes du Seigneur de Cour, Antoine de
Glinies.
C’était du reste un usage répandu d’inhumer le corps
des seigneurs dans le choeur de l’église, dans une fosse
remplie de sable, comme cela se faisait aussi pour les abbés
dans leurs abbayes.
Religieusement, nous avons réintégré ces venérables
ossements dans leur suaire de sable, où, depuis trois cents
ans, ils avaient trouvé un absolu repos, et avons comblé
la fosse.
Une petite croix gravée dans un carreau du pavement du côté
gauche du transept de la nouvelle église, marque l’emplacement
où gît toujours celui qui fut le grand, le richissime
Comte Antoine de Glimes, seigneur de Cour-sur-Heure.
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