Introduction.
L’ abbé Soudan
ne resta à Cour-sur-Heure que vingt-sept mois entre 1927
et 1929, mais il accomplit un travail de recherche remarquable
sur sa paroisse qu’il prolongeât durant ses années
de pastorat à Havré.
Il eut l’occasion de consulter les Archives de l’état à
Mons avant leur destruction par les bombardements de mai 1940.
Ce document mérite la plus large diffusion, par respect
pour son travail et le souci de sauvegarder la mémoire
de notre passé.
Philippe Debaudrenghien.
La terre et seigneurie franche de Cour-sur-Heure.
In Bulletin de la SRPA Charleroi, 27ème année, 1958
n0 2,3,4, pp. 26 à 43.
C’est en 868-869 qu'apparaît pour la première fois
le nom de Cour (-sur-Heure). Son existence, comme on le voit
monte plus haut encore.
A cette époque, Lothaire Il, arrière-petit-fils de
Charlemagne, est roi de la Lotharingie. Hubert, le frère
de son épouse Theutberge, est mis par lui à la tête
du duché du Jura. Irrité de ce que Lothaire voulait
répudier sa sœur. Hubert se révolte contre lui, lui
fait la guerre dans la haute vallée du Jura et la porte dans
nos pays.
Envahissant l'abbaye de Lobbes (864) et s'emparant de ses biens.
Rentré dans le Jura, il y est tué, la même année,
dans un combat.
Mais son court passage à Lobbes y avait accumulé les
ruines, Lothaire voulant aider à les réparer, fit
dresser la liste ou polyptyque des propriétés du monastère
par les soins de (St) Jean, 17ème évêque
de Cambrai (866-879), diocèse dont Lobbes
dépendait : " Cette description, a été
faite la 14ème année du règne de
Lothaire. " c’est-à-dire entre le 29-9-868 elle
8-8-869, date de sa mort.
Le polyptyque de Lobbes situe cour (sur-Heure) dans le pays (pagus)
de Lomme (lommensis) à la suite de Nalinnes (Naslineas),
Berzée (Berezeis) et Thy-le-Château (Tier). Ossogne
(Alsonia) et Thuillies (Tuwllies, Tiuuiliacas) sont du pays de Sambre
(Sambriensis ou Lommacensis), subdivision du pays de Lomme. Court
et les villages voisins sont donc parmi les 153 "villae"
(grand domaine agricole chez les Francs et au Moyen-Age)
que Lobbes récupérait.
Une description de ces "villae" (Descriptio
villarum) a été découverte par la chanoine
Warichez aux archives de l'Etat à Mons et publiée
par lui dans le Bulletin de la Commission Royale d’Histoire.
Datée 866, elle serait donc postérieure aux méfaits
d'Hubert, et antérieure au polyptyque cependant elle s'y
rapporte expressément. Malheureusement, elle est incomplète
(42 domaines) et lacunaire. On y rencontre toute une description
des "villae" de Thuillies, Ragnies, Strée,
Castillon, etc., mais peu de chose sur Berzée (un manse)
et rien sur Cour, Thy ou Nalinnes. On peut quand même, par
comparaison avec celles qui sont décrites, se faire une idée
de ce qu'a pu être celle de Cour, sans doute beaucoup moins
importante.
Peu après, en 881, le Monastère de Lobbes était
donné en bénéfice (féodal) par le roi
carolingien d'Allemagne Louis III le Jeune, au 21ème évêque
de Liège, Francon (856-903), mais à titre personnel.
Huit ans plus tard, par intérêt politique, son neveu
et successeur Arnoul de Carinthie, l'inféodait définitivement
à l'évêché de Liège. De ce chef,
les évêques liégeois, à partir de Francon,
recevaient le titre et les pouvoirs d'abbé de Lobbes L'acte
d' Arnoul du l5 novembre 889 partageait en deux les <villae"
de Lobbes septante cinq restaient aux moines, le reste entrait dans
la réserve seigneuriale de l'évêque comprenant
entre autres les "villae" du pays de Sambre et
le prieuré d'Aulne.
Après ce partage, qu'advint-il de Cour et de ses voisins
immédiats ? On ne le sait pas exactement, sauf pour
Ossogne et Thuillies, mais ce qui va suivre nous le laissera entrevoir.
Septante ans plus tard, en 960, le successeur de Francon, Eracle,
29ème évêque de Liège (859-971)
et abbé de Lobbes, comme on le sait. décida de restaurer
dans "son" monastère la vie régulière
des moines. Dans ce but, il leur rendit l'autonomie avec un abbé
propre tiré de leur communauté (Aletran) tout en maintenant
I'abbaye inféodée au seigneur-évêque
de Liège.
Il fit restituer aux moines des propriétés qui avaient
été aliénées. Hélas il n'en restait
plus "qu'environ une trentaine "
Dans l'énumération qui en est faite, ni Cour,
ni aucune des " villae " voisines (Berzée, Thy,
Nalinnes) ne paraissent si ce n'est Thuillies et Ossogne du
"pagus sambrensis ".
Le reste avait été dilapidé, vendu, distribué
en fiefs par les évêques, mal géré par
eux et les moines, spolié par de puissants féodaux
voisins.
Après le partage de 888, il n'était pas possible de
savoir si Cour était resté dans le domaine de Lobbes
ou passé à l'évêché le Liège.
A présent, on peut affirmer qu'englobé dans
"le reste" Cour (-sur-Heure) est sorti de l'orbite de
Lobbes. Et c'est ailleurs qu'il nous faudra le retrouver.

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