Lorsqu'ils envahirent nos pays, les Francs avaient repris à
leur compte les divisions administratives romaines, c'est-à-dire
les cités Sous les Mérovingiens. les divisions
et subdivisions administratives civiles suivaient le tracé
des divisions géographiques ou pagi. Mais à
la mort Lothaire II (869) et surtout à partir du traité
de Meersen (870), il n'y a plus concordance entre les deux. Si bien
que les nouvelles divisions territoriales civiles sont appelées
comtés (comitatus). Toutefois, le mot "pagus"
demeura en vigueur dans le langage usuel jusqu'au Xème siècle.
Dénommé "comté". l'ancien
pagus de Lomme allait finir par porter le nom de Namur (986), et
devenir dans l'extrême " Entre-Sambre-et-Meuse "
le noyau du futur comté de ce nom. Le comté de Namur,
en effet, ne correspondait plus à l'ancien pays de Lomme,
dont il n'était d'ailleurs, dès l'apparition de son
nom qu’une subdivision. Il avait subi d'importantes mutilations
au profit du Brabant, du Hainaut momentanément, et surtout
de l'évêché de Liège devenu principauté
en 980 sous Notger, le 30ème évêque.
Vers 915, au comté de Lomme, le château de Florennes
et toute l’extrémité Sud-Est du Lommensis dépendait
du comte Wigéric de Bidgau. Ce château, il le tenait
de sa mère Eva, et le passa à sa fille Berthe, à
l’occasion de son mariage avec Ebroïn. Il fut ensuite la propriété
de Eilbert (mort le 28 septembre 977 à Fleurus), demeuré
veuf sans enfant, épousait Alpaïde, veuve de Godefroid
de Juliers, comte de Hainaut, mort en Italie en 964 et premier seigneur
de Rumigny. Par ce mariage, se créait la puissante maison
de Rumigny-Florennes au profit des deux fils de Godefroid: Grégoire
(Il) et Arnoul (I) à qui il laissait "tous ses alleux"
de Rumigny et de Florennes. En 1070, le château
de Florennes devenait fief de l’église de Liège.
Entre 1075 et 1086, la seigneurie de Morialmé
fut détachée du domaine de Florennes au profit
d'un neveu de Godefroid IV de Rumigny-Florennes, Arnoul, se titrant
en1086 " de Morialmé ". Cependant, comme
le premier relief de Morialmé à la Cour féodale
de Liège n'eut lieu qu'en 1360, on eut en déduire
que Morialmé était déjà dans
la principauté de Liège mais comme franc alleu.
De la Maison de Rumigny-Florennes, Morialmé passa, par
alliance, à la Maison de Jauche, puis à la Maison
de Condé.
Le deuxième seigneur de cette dernière Maison Nicolas
Il de Condé ( 1259-1293) était propriétaire
du village de Cour (-sur-Heure) C'était un de ses nombreux
francs alleux comme il en avait à Strépy,
à Maurage, à Boussoit, à Thieu etc. Comment
l'avait-il acquis ? On l'ignore. Peut-être lui venait-il par
succession des Rumigny-Florennes ou des Morialmé.
Ses alleux de Strépy et autres sont alleux nobles, car " plusieurs
les tiennent an fiefs de lui ". Cour paraît
être de même un alleu noble. En 1169 et 1174, nous trouvons,
en effet, un Wauthier (Walterus) ou Gauthier (Galterus) de Cour
(Curth) portant le nom de son arière-fief comme ses voisins
Bastien de Berzée, Bastien de Gourdinnes (selon l'usage féodal,
quand un seigneur suzerain distribue ses arrière-fiefs mouvant
de son domaine, chacun des possesseurs de ceux-ci adopte cornue
nom celui de sa terre), etc. Or, on 1169 et 1174, Gauthier de Cour
aurait été vassal d'Arnould III de Morialmé
(mort en 1170) et de Godescalc III de Morialmé tous deux
de la Maison de Jauche. Nous remonterions ainsi, tout au moins,
du dixième seigneur de Morialmé (Nicolas Il) au cinquième
(Arnould III) et peut-être au-delà encore.
Quoi qu'il en soit, pour complaire au Duc de Lotharingie (Lothier)
et de Brabant, Jean I (1261-1294), Nicolas Il de Condé, chevalier,
seigneur de Bailleul et de Morialmé, propriétaire
du château de Ham-sur-Heure, "reprit" de
lui en fief tout ce qu'il possédait au village de Cour (dans
l'Entre-Sambre-et-Meuse) jusqu'à concurrence de "soixante
livrées de terre au blanc" (la livrée est une
étendue de terre rapportant une livre de rente annuelle).
Cour (sur-Heure) devenait ainsi ce qu'on appelle un " fief
de reprise ". Le Duc répondit à cette gracieuseté
par une autre, Par lettres du 3 avril 1281, il donna à Nicolas
II et à ses hoirs (héritiers), " en accroissement
de son fief trois tonneaux de vin du Rhin a douze aimes (=12x96
pots) par tonneau livrables en la ville de Bruxelles le 2 février
de choque année ".
Peu de temps après, Nicolas Il fit de même avec ses
alleux de Strépy, Maurage. Boussoit et Thieu (Tier). le 30
avril 1284, il déclara les " reprendre "
en fiefs du Comte de Namur, Gui de Dampierre (1263-1297) "en
accroissement" de son fief et pairie de Beloeil. (Fiefs
de reprise et d'augment.)
Son successeur, Guillaume de Condé (mort en 1302), chevalier,
sépara le fief " valant trois tonneaux" du
fief de Cour, et le donna en cadeau de noces a sa fille Jeanne de
Condé, lors de son mariage avec Fastré de Ligne (mort
en l339). Le 19septembre 1319, Jean III (1312-1355) duc de Lothier,
de Brabant et de Limbourg autorisait Fastré, seigneur de
Ligne, à " tenir héritablement de lui et de
ses successeurs au duché de Brabant le fief valant trois
tonneaux de vin du Rhin par an ".
Séparé désormais du fief " valant
trois tonneaux", Cour (sur-Heure) demeura jusqu'à
la fin de l'ancien régime (le dernier relief de Cour eut
lieu en février 1748) un fief de la cour féodale
de Brabant.

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