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 La seigneurerie et le fief de Cour sur Heure


Caractères de la Seigneurie.

Sans doute, parce que "fief de reprise" la "terre et seigneurie franche de Cour-sur-Heure " était classée dans les registres de la Cour féodale de Brabant, parmi les " terres ou seigneuries franches " et déclarée telle par celle-ci, comme l'était, entre bien d'autres, la seigneurie de Trazegnies. Cette qualification est répétée dans les actes scabinaux.

Les Seigneurs, à leur tour, s'appelaient fièrement "libres seigneurs de Cour-sur-Heure " comme d'autres d'ailleurs.

Le curé Claude-François Bosquet, dans sa déclaration des biens de cure du 3 avril 1787 à l'Empereur Joseph II est plus net encore. Dans l'intitulé, il déclare Cour-sur-Heure " Terre neutre " Et conséquent avec celle affirmation, il ne déclare comme biens de cure soumis à l'Empereur, que les terres et dîmes situées au Comté de Namur, s'abstenant de le faire pour les quatre bonniers de terre labourable que son église possède à Cour-sur-Heure même. Ce qui signifie bien qu'il ne se croit pas soumis aux édits de Joseph Li en ce qui concerne le village, et donc que Cour ne lui est pas assujetti. D'autre part dans le texte même de la déclaration, il note qu'à Thy-le-Château (Comté de Namur, bailliage de Bouvignes) pour la terre de sa Cure " on paie la taille de I 'empereur" marquant ainsi qu'on ne la paie pas à Cour pour la même raison.

Revendue, plusieurs fois sans doute, et devenue fief direct du duché de Brabant, sans arrière-vassal la seigneurie fut achetée en dernier lieu (1512) par le fils, puîné et troisième, de la branche de Tourinnes-les-Ourdons (arr. Nivelles, cant. De Perwez) de la famille des de Glymes de Brabant, " famille ancienne et illustre du Brabant élevée aux dignités les plus insignes, qui a compté depuis les temps les plus reculés des comtes, des marquis, des princes, des archevêques (Cambrai), Evêque (Liège) et des chevaliers de la Toison d'or", et dont les filles étaient accueillies " dans tous les ordres nobles même les plus grands et par conséquent les plus scrupuleux. "

Issus de cette nouvelle branche des de Glymes, les nouveaux seigneurs de Cour-sur-Heure vécurent durant sept générations au milieu de leurs sujets dans la ferme-château qui existe encore aujourd'hui.




Au début du XVIIème siècle, Jeanne de Glymes, dame de Cour-sur-Heure (décédée le 8 octobre 1650) épousa Messire Jacques de Baudrenghien, seigneur de Gomenpont (Lessines) (décédé le 21 décembre 1683). De cette union naîtra Alexandre de Baudrenghien, père de Philippe, futur baron de Samart.

 

Ils furent inhumés dans la chapelle sépulcrale que bâtit le second seigneur de Glymes, à côté du château.

 
Pierre tombale des parents de Jeanne de Glymes

La seigneurie de Samart (Philippeville), moins importante que Cour et arrière-arrière fief du prince-évèque de Liège fut élevée au rang de baronnie dans la première moitié du XVIII siècle au profit de ses propres nouveaux seigneurs venus du Hainaut, Cour-sur-Heure ne vit jamais aucun titre nobiliaire appliqué à sa terre. Peut-être était-ce dû au fait que ces mêmes seigneurs étaient indépendants et s'appelaient "libres seigneurs de Cour-sur-Heure ". A moins que ce ne fût à cause de cela même qu'ils pouvaient se parer de cette qualification peu commune.
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Consistance du Fief
La seigneurie de Cour comportait : " le village (stad), la terre avec la justice haute, moyenne et basse, les biens ("terres, prés, château ") les droits seigneuriaux cens, rentes et tous les autres revenus y afférents, comme "ceux" du duché de Brabant sont tenus en fiefs "
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Droits seigneuriaux
Une particularité : il n'y a pas de taille ordinaire n'existe que la taille extraordinaire. Par contre, les droits seigneuriaux (la taille extraordinaire) sont doublés et se perçoivent non seulement à l'avènement du seigneur mais aussi au mariage du fils héritier. A vrai dire dans ce dernier cas, le seul connu, l'héritier avait reçu la seigneurie en dot de mariage " Cela (les doubles droits) " estoit deutz " à la première année de l’entrée " (du nouveau seigneur) " C'est la pratique du lien " Ces droits étaient dus, ici comme ailleurs, par les propriétaires du bien-fonds et non par le locataire. Le cens dû à la recette du seigneur est de cinq liards d'Espagne à chaque bonnier de terre. On paie des droits pour la " passée" (criée) des ventes.
 
Franchise et bourgeoisie libre
On sait que le terme "bourgeois" appliqué aux "manants" d'une seigneurie et le nom de "commune " ou de " communauté " donné à la collectivité de ses habitants indiquent que le seigneur leur a concédé des libertés qui en font ce qu'on appelle une " ville franche " ou "franchise ". Ces libertés visent à rendre fixes les droits seigneuriaux qui jusqu'alors étaient soumis à l’arbitraire du seigneur. Elles sont nées généralement d'une conquête ou tout au moins d'un effort de la collectivité. Sauf les droits reconnus au seigneur et fixés par la charte-loi ou "charte de franchise " ou par la coutume, la " commune ou communauté " se gère comme une petite république sans cependant élection démocratique de ses dirigeants.

M. L. Verriest estime en tout cas qu'on est en présence d'une franchise chaque fois que des documents parlent de " bourgeois". et Calmette, de " communauté ". Or, ces expressions de " bourgeois et sur séants "ainsi que de " communauté ". on les rencontre dans divers actes scabinaux de Cour-sur-Heure.
Le plus marquant de ceux qui nous restent, l'acte du 8 mai 1589 met en scène le seigneur de Cour demandant à ses " bourgeois et surséants" de " vouloir assister d’une rente annuelle de 30 florins à prendre sur les " aizements et communaultez" du village, à gager sur le pré " commun à wajen " (regain) dit " Martinprez " pour parfaire la compétence (traitement) du futur curé, condition imposée par le synode provincial de Mons (1586) pour "établir et fonder une cure à la chapelle St-Jean-Baptiste" du lieu, "ce que toute la communauté volontairement a accordé ".

On le voit. la communauté s'oblige et met engage ses biens venus communaux. Elle fait plus encore, elle en vend des parceIles. Le curé reçoit ou achète, comme tout autre habitant sans doute. des "cordes" de "liene" et des " charrées" de chêne provenant du bois Jacques de la communauté, du " wayen " de " Martinprez ", etc.

Ces droits de bourgeoisie furent-ils accordés à la suite d'une charte-loi? Nous l'ignorons. Dans le conflit que nous avons relaté entre le seigneur de 1608 et le moine-procureur d'Aulne, propos de doubles droits seigneuriaux, il est question d'une "pratique du lieu" ce qui semblerait parler d'une coutume plutôt que d'une charte.

En Hainaut "la bourgeoisie rurale fut dès le XIV° siècle une institution surannée" dont la première charte, d'une série tendant sur deux siècles (1150-1350), date de 1142. En France, les villes franches commencent à apparaître au X° siècle, se propagent activement au XII°, deviennent générales au XIII°. Au duché de Brabant c'est au duc Henri I° (1015-1038) que remonte l'établissement de presque toutes les anciennes franchises Les barons imitèrent l'exemple du souverain.

Peut-on remonter aussi haut pour Cour-sur-Heure ? Il le semble Ce sont encore des conflits avec la même abbaye d'Aulne qui nous donneront la réponse. Mais, cette fois. les conflits surgissent avec les habitants de Cour et de Berzée, à cette époque unis dans une même paroisse, à propos de la tour de l'église de Berzée, des cordes pour sonner les cloches (1243); de la propriété de la cloche décimale (1311). Se présentent chaque fois devant le doyen de Thuin, arbitre des deux conflits, en 1243, les "hommes" de Berzée (Berezeis) et de Cour (Cort). en 1311, les "communautés" de ces mêmes lieux. Ne peut-on induire de là qu'entre ces deux dates. les habitants de Berzée et de Cour avaient acquis ou reçu le droit de bourgeoisie?

Quoi qu'il on soit, â Cour, comme en bien d'autres seigneuries, ce droit s'acquérait par
"reconnaissance et admission comme bourgeois et habitant par devant la Haute Courte (sic) et justice de Cour-sur-Heure" composée des échevins et du mayeur.
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Le souvenir de cette franchise et mieux sans doute de la " neutralité " du village se conservait encore naguère parmi ses habitants An cours des vingt-sept mois que j'ai vécu parmi eux, des vieillards nés entre 1850 et 1855 et qui le tenaient sans aucun doute de leurs parents et grands-parents, me le répétaient avec cette malice mêlée de fierté que donne un privilège encore assez rare dans l'ancien régime. Mais ils l'attribuaient à son caractère de terre franche Et peut-être avaient-ils raison. Pour eux cela signifiait : terre ne dépendant de personne et refuge (asylum) des hors-la-loi fuyant le Comté de Namur Berzée, Thy) ou la principauté de Liège (Ham-sur-Heure, Nalinnes, Thuillies) qui encerclaient leur village, autrefois seigneurie hautaine. Tout à fait comme à Saint-Denis-lez-Mons, dans une partie de la seigneurie abbatiale des bénédictins du lieu, délimitée par quatre croix : " ces croix estoyent dites de franchise à cause que jadis ceux qui avoyent commis quelque homicide ou autre cas énorme, se réfugiait entre icelles, estoyent en asseurance ".





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