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Dieu le veut!... Dieu le veut!....
Pierre l'Ermite a parcouru la Picardie, la Flandre, le Hainaut,
le Namurois; il a suivi la vallée de la Meuse jusqu'à
la capitale des Princes-évêques; il a proclamé
la guerre sainte et répété à tous
les échos de Hesbaye ou d'Ardennes ou du pays de Lomme,
les promesses du pape Urbain II. Il lance l'appel, et ses prédicants
après lui ont crié, eux aussi " Dieu le veut!....
Dieu le veut!..." Les peuples, extasiés aux fabuleux récits,
ont repris le cri de ralliement pour la liberté du Tombeau
du Christ. Dans les châteaux, à la cour des princes
et des dynastes, sur les " marchés " des bonnes villes
ou des bourgs, on s'est mis fébrilement à l'organisation
de la plus étonnante des expéditions dont l'Histoire
s'embellisse, cette prodigieuse aventure chrétienne, la
Croisade pour la reconquête des Lieux Saints.
L'aurore à peine a blanchi l'Orient. Par un matin de printemps
1096, la herse s'est levée et le pont-levis s'est abaissé
du Château d'Ham-sur-Heure, du " burg ", ainsi qu'on l'appelle.
Les olifants ont sonné et Godescalc, le fils de Godefroid
le vieux seigneur de Ham, suivi de son écuyer, de son coutellier
à cheval, de ses archers, de ses piquiers et de ses fantassins,
franchit la poterne. Bouclier su bras, lance
haute à la main, large épée au côté,
vêtu de long haubert maillé retombant sur les cuisses,
coiffé du casque conique à nasal sur le bonnet rond,
il a fière allure sur son palefroi d'Ardennes drapé
lui aussi jusqu'aux canons de l'ample cotte de mailles. Godescalc
porte sur sa poitrine, et toute sa suite avec lui, une croix rouge
cousue. Le même signe chàtoie au sommet de sa lance,
dans les plis de l'oriflamme blanc.
De Hainaut, de Namur, de Flandre, de Lorraine, de Hesbaye ou de
Condroz, autant que d'Ardenne, on a répondu avec enthousiasme.
Nombreux les chevaliers qui sont partis à la suite de leurs
suzerains Robert II de Flandre, Beaudouin II de Hainaut, Jean
de Namur, Ludolphe de Tournai, Baudouin de Lorraine, Eustache
de Boulogne, les frères Godefroid et Henri d'Assche, et
surtout le duc de Lothier, Godefroid de Bouillon, ce type accompli
de grand seigneur, à la fois fort et courageux, doux et
généreux, ce quadragénaire éloquent,
que l'on se montre déjà comme le vrai chef, l'organisateur
européen de cette gigantesque expédition.
Comme ses amis, les sires de Beaufort, de Dhuy, de Thy, de Morialmé,
le sire de Ham a répondu à l'appel. Trop vieux pour
s'en aller lui-même, c'est son fils Godescalc qui a équipé
sa "lance" ( note bas de page ). C'est pourquoi, avec les manants
rassemblés aux abords du pont d'Oultre-Heure, nous nous
imaginons accourus, nous aussi, pour le saluer et contempler le
spectacle nouveau qui nous est offert, en adressant à ceux
qui partent, dans un élan de craintive admiration, tous
nos voeux les plus ardents.
Voilà le seigneur Godescalc qui tourne le chemin vers Nalinnes
et qui adresse un dernier signe d'adieu à son épouse
Edwige, à ses enfants, à son vieux père,
à ses amis et à ses serviteurs...
De cette expédition lointaine, combien qui ne revinrent
pas.
Mais Godescalc revint; il revit sa chère vallée
de l'Heure, sa femme et ses enfants qui l'attendaient au manoir.
Nous sommes certains qu'il revint, puisque nous trouvons son nom
parmi les signataires de l'acte de fondation, en l'an 1127, de
l'abbaye de Solières près de Huy, avec ses amis
et anciens compagnons d'armes d'Antioche ou de Dorylée,
Lambert et Arnulphe de Beaufort.
(1) Une lance représentait
une " division " de 20 hommes environ, qui comprenait, outre le
chevalier porteur de la lance, huit ou dix cavaliers et autant
de fantassins. La "lance " était de composition variable.
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