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A cette grande époque du Moyen-Age, si la monnaie est rare,
les produits nécessaires à la subsistance, ceux
de l'élevage et ceux de la terre, sont en général
à bas prix. On constate qu'un serf dispose d'un nombre
de kilos de pain ou de viande, de laine ou de bois, comparativement
plus grand que le journalier libre du 17e ou du 18e siècle,
non seulement parce que le nombre de bouches à nourrir
aura augmenté, mais à cause des conditions économiques
difficiles créées par les longues guerres et les
désordres du 15e et surtout du 16e siècle, et que
l'essor de l'agriculture, de l'industrie et du commerce, aura
subi de nombreux paliers. A partir de 1600 environ, on constatera,
en effet, un appauvrissement du prolétariat et une diminution
du bien-être général, en dépit de certains
progrès scientifiques et techniques réalisés.
Les salaires sont rares au Moyen-Age. Tous les journaliers sont
encore souvent des serfs qu'on ne paie point ou des vassaux que
l'on a rémunérés une fois pour toutes en
terre, en se les attachant par une rente ou un fief.
On prenait alors < homme-lige > contre cadeau en espèces,
en terre ou en produits de la terre. On s'assurait ainsi les services
perpétuels d'un boulanger, d'un charron, d'un brasseur,
d'un berger, d'un messager, d'un forgeron, moyennant un contrat
à perte de vue, où s'échangeaient avantages
et obligations.
Il nous a paru instructif de fournir quelques renseignements sur
les salaires pratiqués au temps de l'évêque
Henri de Gueldre, c'est-à-dire vers l'an 1250, à
l'époque précisément où éclateront
les conflits sociaux suscités à Liège par
le bourgmestre Henri de Dinant.
Un faucheur, par exemple, gagnait un salaire quotidien correspondant
à 4,50 ou 5,00 francs-or de notre monnaie, tandis qu'un
jardinier recevait en moyenne 2 fr: or et qu'un porteur d'eau
dans une ville n'avait qu'un franc. Ce dernier avait des avantages;
outre qu'il était assuré d'un gage pour toute l'année,
il était logé et nourri : c'était une sorte
de fonctionnaire public. Un manoeuvre non-nourri recevait 2,50
fr. or. Il faut évidemment tenir compte que l'on ne travaillait
au maximum que 250 jours par an, évaluation variable d'époque
à époque, de région à région,
et suivant la nature du travail. Il arrivait même que l'on
ne travaillait que deux cents jours par an : les anciens calendriers
nous apprennent que les magistrats respectaient 89 fêtes
d'obligation, sans compter les dimanches.
Mais on sait que les travaux de législature et de procédure
- les deux se combinaient sous l'ancien régime - ont toujours
exigé, en ce temps-là comme de nos jours, de nombreux
loisirs propices à l'étude et à la méditation.
Les salaires des femmes équivalaient 90 centimes-or, quand
elles étaient nourries; ils s'élevaient à
1,50 fr. dans le cas contraire.
L'écrivain Froissart, dans sa Chronique Hennuyère,
nous dit que le pays était prospère : " gras,
plein et dru, les gens riches et possédant de grands avoirs
>.
On sait que la Guerre de Cent Ans - les longues guerres ruineuses
ont souvent de pareils résultats! - amorça dès
la fin du XIVe siècle, une ère de navrances, pendant
laquelle toute prospérité fut arrêtée;
la civilisation se vit refoulée en arrière et s'amorça
le début de temps difficiles.
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