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Camps - Sièges - Ambulances - Guerres
Le XVIIe siècle fut un siècle particulièrement agité. Ce ne fut qu'un passage presque ininterrompu d'armées, au cours des guerres qui ensanglantèrent nos provinces et ruinèrent nos populations. En ce temps-là comme aujourd'hui, nous subissions le contrecoup de tous les événements militaires.
Les registres paroissiaux de la commune sont des documents éloquents, qui nous renseignent, à coup sûr, au sujet de passages et de séjours de troupes sur le territoire de la commune.
En 1638, on signale seulement que l'armée du " Baron de Forcasse " est à Marchienne et à Ham-sur-Heure, où elle tient ses quartiers d'hiver.

Mais nous avons beaucoup plus de détails sur les séjours et les quartiers d'hiver que tinrent chez nous, en 1654, les troupes de Condé, de don Estève de Gamarre, du baron de Clinchamp, du comte de Tavannes, de Monsieur de Ligneuville ; la plupart des villages occupés furent ruinés. Les sauvegardes qu'avaient obtenues certaines localités comme Ham-sur-Heure, Monceau-sur-Sambre et Farciennes, ne furent pas toujours respectées, paraît-il.
Le séjour de ces troupes semble s'être étendu sur deux ans au moins : dans les registres paroissiaux de la commune, on lit : Le 9 octobre 1653, occifuit (ici quelque chose d'illisible) Quidam miles; c'est-à-dire fut occis un certain soldat.
A la, date du ler décembre 1653, on trouve l'acte de décès de Evrard Bouthair, capitaine français ; et à la date du lendemain, celui de Jacobus Prindersa, soldat occis.
L'année 1654, le Prince de Condé, allié à l'Espagne et guerroyant contre Turenne, vint mettre le siège devant Arras. En août de la même année, bousculé par les attaques de Turenne, il fut obligé de lever le siège. Les troupes de Condé campèrent dans le village et dans les environs, où ils tinrent leur quartier d'hiver. Ce sont vraisemblablement tous soldats de Condé, ceux qui moururent à Ham-sur-Heure, comme en font foi les actes suivants 1er janvier - décès du soldat Christopher.
12 janvier : obiit Philippus Spildor, capitaine do Baron de Borlo (ou Borbo).
13 janvier : Philippus Pasquez et le 16 janvier : Carolus Betune, tous deux problablement soldats de la compagnie du même.
15 janvier : Jacobus Brabant, capitaine du même baron de Borlo.
16 janvier : décès de Jean de Fleur, miles (- soldat).
18 janvier : décès de Petrus Feril, miles.
24 novembre : un soldat au logis (illisible).
En 1655, l'armée de Condé tint à nouveau ses quartiers d'hiver dans la région.
C'est ainsi que nous lisons les décès suivants enregistrés cette année-là

7 novembre : François de Moulin, soldat du Prince de Condé.
14 du même mois : obiit, Sébastien Moray, lieutenant du prince de Condé.
24 du même mois, un lieutenant à la maison du Baillieu (Dubailleux).
En 1667, Louis XIV, ayant déclaré la guerre à l'Espagne, envahit les Pays-Bas. Traversant la Principauté de Liège, il passa par Hamsur-Heure, où il s'installa au Château, pendant que ses troupes s'emparaient de la place forte de Charleroi. Nous avons vu que nous n'eûmes guère à nous réjouir de ce séjour.
Il paraît plausible que les troupes françaises campèrent dans la région jusqu'à la signature du Traité d'Aix-la-Chapelle (2 mai 1668). C'est une opinion que confirmeraient les décès suivants enregistrés en mars 1668 le 16, un soldat français, - et le 23, Jacques Laverdure, soldat au régiment de Piémont, français. En 1672, pendant la guerre dite de Hollande, le Prince de Condé opérait dans les Pays-Bas contre Guillaume d'Orange. Sans doute, revit-on ses troupes à Ham-sur-Heure, puisque cette année-là plusieurs soldats y sont morts le 6 mai, un vivendier, français ;
le 25 août, un capitaine;
le 7 septembre, un soldat;
le 28 octobre, un soldat allemand, (peut-être un prisonnier) natif de Celle (?) ;
le 30 octobre, un soldat.
Le 11 août 1674, Guillaume d'Orange est vaincu à Seneffe par le Prince de Condé. Le comte Alexandre-Itel de Mérode est grièvement blessé, et vient mourir au château de Ham-sur-Heure. Les régistres paroissiaux renseignent, en effet, à la date du 24 août, obiit, Monseigneur le comte Mérode d'Itelle (sic.).
Le château se trouva sans doute transformé en ambulance, puisque les mêmes registres consignent le décès de deux autres membres de la noblesse et de quelques soldats, ce qui autorise la supposition qu'après la bataille, plusieurs blessés, parmi les compagnons ou les personnes de la suite du comte de Mérode, auraient été transportés à Ham-sur-Heure pour y être soignés. 18 août, obiit un soldat occis.
25 août, obiit Pierre Dubois, soldat français.
26 août, obiit Mr le comte de La Rivière.
datem, obiit un soldat, mort "dans la salle".
31 août, obiit Saint Amour, soldat.
9 septembre, obiit Mr le comte d'Arcy.
En 1689, pendant la Guerre de la Ligue d'Augsbourg, le Maréchal d'Humières vint assiéger le château. La garnison espagnole que le gouverneur de Bruxelles, Maximilien-Albert de Mérode, marquis de Deynze, y avait fait placer, fit une vigoureuse résistance. Mais, le Maréchal, on le sait, ayant mis trois mines sous chacun des gros pavillons, Maximilien-Albert de Mérode fut obligé de rendre la place.
En 1691, toujours au cours des opérations de la Guerre de la Ligue d'Augsbourg, il semble qu'il y ait eu de nouveaux mouvements de troupes chez nous ; font fois, les registres paroissiaux d'un décès : en juillet, le 29, un certain soldat français, décédé à Florenchamp :
"Julius, 29, obiit quidam miles Galliae qui fuit accis in Floride Campo ab inimicis suis."
En 1709, on enregistre encore le décès d'un maréchal des logis nommé Gambois, indice encore d'un passage de troupes, à la date où se livrait la bataille de Malplaquet.
Emouvant et glorieux palmarès, que dissimule à peine une froide et laconique énumération : une date, un nom ou pas même de nom, sur les feuillets jaunis d'un grimoire poussiéreux.
C'est tout.
"Ici repose un soldat inconnu." Que d'héroisme, que de misères morales, que de souffrances cruelles ; l'anonymat voile ainsi, peut-être, de l'implacable abandon, de l'éternel oubli ' ....
"Obiit, un soldat occis." La poignante litanie qui se répète telle, de siècle en siècle, avec la même hallucinante et inéluctable monotonie, sans que s'en préoccupe l'humanité en marche et jamais lasse d'accumuler des morts.

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