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Administration et justice jadis

Sous l'Ancien Régime, c'est-à-dire celui qui préexistait aux mouvements révolutionnaires de la fin du XVIIIe siècle, les pouvoirs législatifs, administratifs, judiciaires et exécutifs, étaient réunis dans les mêmes mains.
Ham-sur-Heure, jusqu'en 1794, fit partie, nous l'avons vu, de la Principauté de Liège, archidiaconat du Hainaut et décanat de Thuin. C'était une seigneurie hautaine. Le seigneur, dont les intérêts étaient représentés souvent par le "bailli", assisté d'un greffier et d'un sergent, nous dirions aujourd'hui d'un garde champêtre, y rendait haute et basse justice.

Cependant, dans toute communauté féodale co-existait une "cour échevinale de Justice", qui se substituait souvent au seigneur. Cette cour se composait d'un mayeur ou de deux mayeurs, et de sept échevins inamovibles dont quatre devaient résider dans la commune. Cette cour se complétait du greffier et du sergent mentionnés plus haut.

La cour avait des privilèges : à ses membres était réservé le droit de porter le dais à la procession ; l'église leur offrait chaque année une chandelle, qui leur était remise le jour de la Purification de Notre-Dame.
Le mayeur était exempt de redevances dites "quote avoine" et "waide avoine".
La "waide avoine" représentait la récolte faite sur le sol ou prat rie, c'était un impôt dû au Prince-évêque. La "côte avoine" ou "quote avoine" (quarte mesure de capacité, qui semble venir aussi de l'avoine due au comte ou seigneur) consistait en un setier d'avoine, une poule ou une maille (petite monnaie, dite aussi "denier bonne" ou bon aloi).

Tous ces magistrats prêtaient serment devant le seigneur et le renouvelaient à l'église ; le procès-verbal des prestations de serment était consigné dans les registres aux causes.
La cour échevinale avait annuellement deux sortes d'assemblées les plaids ruraux et les plaids généraux.
Les séances étaient déclarées ouvertes par le mayeur dressant la verge de justice dite " verge du seigneur ", forte baguette peinte en rouge.

Les plaids généraux étaient des assemblées de chefs de famille. Ils avaient lieu deux fois l'an. A Ham-sur-Heure, ils se réunissaient au printemps, à Pâques souvent, et au mois d'octobre. Les habitants, chefs de famille, y étaient convoqués au son de la grosse cloche, < à peine d'amende ", par le sergent de la cour. Le seigneur y faisait signifier les ordres et prohibitions, formuler ses plaintes contre la communauté, lorsque, par exemple, elle empiétait sur ses droits. La communauté, par contre, y présentait aussi ses réclamations, soit contre le seigneur, soit contre des tiers, et l'on s'efforçait de chercher des solutions aux conflits. On discutait aussi les affaires importantes qui intéressaient la communauté. La décision était prise à la pluralité des voix.
C'était l'occasion de réclamer contre les usurpations faites aux propriétés appartenant à la communauté et aux libertés publiques.

Outre les plaids généraux, il y avait encore les plaids ordinaires ou autrement dit " ruraux " ou encore cours de justice, où l'on instruisait des affaires diverses ayant trait aux reliefs, rentes, tailles, corvées, mains-mortes. On y jugeait aussi tous les délits. On y réglementait les questions relatives au culte ; on y lançait les convocations et les ordonnances concernant les travaux publics.
A Liège seulement, siégeait une juridiction supérieure, une sorte de cour d'appel, qui s'appelait la "Cour des Echevins de la Justice souveraine" ou "Official ".
Les peines judiciaires les plus communément infligées étaient les amendes, la saisie, le bannissement, le pèlerinage et la peine de mort.

Les condamnés à mort étaient conduits, parfois traînés par des boeufs, jusqu'au gibet de Thuin. Ce qui nous autorise à dire qu'il n'y avait pas de gibet à Ham-sur-Heure.
Les lieux de pèlerinage imposés étaient habituellement Saint-Avold ou Evould, en Alsace, (département actuel de la Moselle), et Rocamadour dans le Languedoc (département du Lot). Le condamné devait s'y rendre à pied et mendier le pain et le gîte pendant toute la durée du voyage.
Dans un registre aux causes de la commune de Ham-sur-Heure, on peut lire que " Jean Martin Goblet a été condamné, le 3 janvier 1737, par la cour des échevins de la Justice souveraine de Liège, à un voyage à Rocamadour et aux frais ". Ayant vraisemblablement refusé de payer les frais, Jean Martin Goblet se vit condamné par la cour de Ham-surHeure, en son assemblée du 28 janvier de la même année, à être crié "banni".

Le bannissement pouvait aller jusqu'à cent et un jours.
Au sujet de la saisie, on lit dans le même registre, un arrêté de la cour du lieu concernant les biens de la veuve Winant-Yernaux, en faveur du sieur Jean-Philippe Duparque. Cette décision fut publiée au prône de la messe paroissiale, le troisième dimanche de carême, le 9 mars 1738, par le curé Degrez. Il s'agissait vraisemblablement d'une dette.

Les amendes variaient selon l'importance du délit.

Le plaid ordinaire, tenu le 7 décembre 1736, eut à traiter les cas des sieurs Michel Carlier et Jean Damanet " cencier en ce bourg>, dont les bêtes à laine avaient été trouvées pâturant dans la Prée, le 20 novembre de la même année, vers les quatre ou cinq heures du soir " contraventoirement aux réglements, édits et mendements donnés " et le second dans le pret nommé " le pret Saint-Martin ", le 29 novembre, vers les neuf ou dix heures du matin. La cour les condamna chacun à vingt florins d'or d'amende.
" Antoine Berteaux, berger de la " cense " du Vivier, se voit condamner, le 20 août 1737, parce que ses troupeaux de bêtes à laine ont été trouvées pâturant dans une terre de grains en " excroissance " de la "cense de Florinchamps", à payer une amende de six sols par tête de bête."

Les attributions de cette cour de Justice étaient très variées. Ainsi, on peut lire, à la date du 27 avril 1737, que "comparut Jacques Crochelet, lequel a présenté Jean-Jacques Deprise, son neveu âgé de 12 ans, orphelin de père et de mère, lequel Jacques a déclaré prendre le dit orphelin à son service, lui donnant sa nourriture et entretien honnête et par-dessus promettant de lui allouer un florin comptant de gage chaque année aussi longtemps qu'il restera à son service".

La cour de Justice ordinaire se muait en cour seigneuriale siégeant au château dans certains cas ; lorsqu'il s'agissait, par exemple, d'être admis "à relief" et de prêter le serment et hommage de vassalité.
C'est ainsi que, le 10 mai 1749, par jugement rendu dans la " Salle du Château de Ham-sur-Heure, un certain Jean Demade, de la juridiction de Fontenelle-lez-Nalinnes, prêta serment de fidélité pour un fief de sept journals de terre, parfaitement délimités, entre les mains des lieutenants de la cour féodale de Son Excellence Monseigneur le comte de Mérode, de Montfort, de Groesbeck et du Saint-Empire, Marquis de Deynze, seigneur de Ham-sur-Heure".
Au sujet de l'application du droit de mainmorte ou de meilleur cartel, qui autorisait le seigneur à retenir la meilleure pièce mobilière d'un défunt, voici le document très original recueilli : 1737 ; - A la greffe du neuvième de may, comparut Albert Canette, sergent de Monseigneur le Comte de Mérode, marquis de Deynze, seigneur du lieu, lequel a déclaré avoir par ordre du dit seigneur, levé le droit de main-mort sur Elisabeth Conreur, morte n'étante (sic) bourgeoise de ce lieu pour lequel droit ont pris avec Monsieur Kinan, mayeur, une robbe (sic) d'étoffe." Il semblerait, de ce fait, que cette espèce de droit de succession n'était exigible que pour les personnes étrangères à la communauté féodale du lieu.
Un autre droit très curieux était celui dit " d'afforage ", qui existait à Ham-sur-Heure et par lequel les habitants devaient payer au seigneur une redevance en nature sur les bières fabriquées dans la localité ou venant de l'étranger et sur le vin. Mais on peut admettre aussi que ce droit était perçu en faveur de la cour de justice pour son intervention dans la taxation de la "cervoise", de la bière d'absinthe, de l'hydromel et du vin. Ces boissons n'étaient mises en vente qu'après avoir été présentées à la cour de Justice. Le mayeur et les échevins qui avaient droit à un nombre de pots déterminés, les goûtaient et les taxaient à "tant" pattards le pot. Ils rendaient un véritable jugement. Un cabaretier ne pouvait vendre à un prix plus élevé que la taxe.

Ainsi, à la date du 10 août 1736, on trouve le texte suivant
" par nous mayeur et échevins de la cour de Justice de Ham-surHeure, les bières des cabaretiers du dit lieu ont été afforées et apprêtées savoir le pot à dix pattards en argent courant qui font six pattards roy argent courant entre les marchands partant que tous cabaretiers ayant à s'y conformer à peine d'amende ".

Ailleurs, on peut lire que
" le premier septembre 1736, le pot de Hougaerde a été afforé et apprêté à dix-neuf pattards courant à quoi ainsi afforer et apprêter ont été présens comme échevins Mathieu Kinnar, mayeur, Ignace Wolff, Christophe Motte, François Legros, Joseph Degrez, tous échevins."

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