Ham-sur-Heure-Nalinnes: Le Portail 
le symbole des 5 villages: chateau communal de Ham sur Heure, l eglise de Jamioulx, le chateau de Nalinnes, la tourette de Marbaix et le Bidaudeux de Cour sur Heure
 
   Notre moteur de recherche: Vanille
  Cherche
avec
Le seul site indépendant qui vous dit tout sur Ham-sur-Heure-Nalinnes!


 Histoire de ...

 Cour sur Heure

 Ham sur Heure

 Jamioulx
Avant-propos
Rattachement au pays de Liège.
La chapellerie de St André.
Les écoles.
L'école industrielle de Jamioulx.
Explosion des munitions en 1918
Les pasquîyes.

 Marbaix la Tour

 Nalinnes



Ces pages concernant Jamioulx ont été affichées
648 fois !




 Histoire de Jamioulx: Explosion des munitions en 1918


Ordre du jour:
1) ...
2) ...
3) Catastrophe occasionnée par l'explosion des munitions de guerre.
Le Conseil:
1) ...
2) ...
3) A l'unanimité, exprime son admiration et sa reconnaissance à l'érudit poète et citoyen, Monsieur Paulin Brogneaux, ancien instituteur communal, qui a bien voulu condescendre à écrire de sa main les lignes suivantes sur l'épouvantable catastrophe survenue dans la nuit du 14 au 15 novembre 1918.

LA NUIT TRAGIQUE
 
Novembre 1918 - L'Allemagne vaincue avait demandé la paix et l'armistice avait été signé le 11 ; la grande et épique guerre était virtuellement terminée.

Partout, la joie illuminait les figures, c'était l'espoir à la disparition de tous les maux, c'était la résurrection à la vie. Hélas ! une catastrophe sans précédent nous menaçait...
Nous sommes la nuit du 14 au 15 novembre. Notre charmant petit village, tout saupoudré de cristaux de gelée, dort paisible sous un beau ciel que la lune et les étoiles inondent de blanche clarté.

Tout-à-coup, vers minuit et quart, notre allègre clocher se met à épandre dans le vallon les sinistres volées d'alarme de sa cloche sonore. La population, réveillée en sursaut, se lève pour se rendre compte de ce qui se passe. Les barbares d'Outre-Rhin, en retraite, ont mis le feu aux trains de munitions qu'ils ont intentionnellement garés chez nous pour semer la désolation et la mort.
Aussitôt les premières détonations d'obus se font entendre et c'est ensuite un déchaînement d'explosions formidables qui commence pour durer de façon ininterrompue et avec une intensité inouïe pendant d'interminables heures. Vers 1 heure et demie du matin, une déflagration d'une puissance colossale ébranle l'air et va frapper les villages des alentours de secousses de bélier et y briser les carreaux. Est-ce que ce tonnerre terrible va cesser après cela ? Non ! Non ! aucune accalmie ne se fait, le volcan d'obus continue son effroyable vacarme avec un redoublement d'énergie et de force qui ne se ralentit qu'assez tard après l'apparition des lueurs de l'aurore. Les habitants, figés de frayeur, se sont blottis dans les caves, dans les remises, dans les recoins abrités, dans tous les endroits où il y avait un semblant de sécurité.

Enfin, et ce n'est pas trop tôt, vers 7 heures du matin, le monstre tonnant et destructeur se calme, espace ses vomissements de matières explosives: obus, grenades, dynamites, gaz asphyxiants, et permet au pauvre monde, secoué par les émotions les plus profondes et les plus affreuses, claquant des dents, transis de froid et d'épouvante, de sortir de son refuge et de se hasarder dehors, mais toujours prudemment. La bête, en effet, rugissait encore mais par intermittence.
Quelle vision dantesque s'offre à nos yeux agrandis par le froid et la perception nette des dangers courus ! Partout, au Rostimont si pittoresque, à Andrémont, au Vivier et au Fayat se déroule le spectacle lugubrement grandiose d'une dévastation inconnue, d'un ravage général. Toutes les maisons, de l'humble chaumière à la villa cossue, ont leur toiture emportée ou largement éventrée, leurs murs fendus ou éboulés, leurs fenêtres enlevées ou totalement privées de leurs vitres, d'aucune sont incendiées ou gisent effondrées tandis que d'autres, striées de lézardes, ébranlées sur leur base, annoncent l'écroulement prochain.

Et là-bas, dominant la vallée où l'Heure, malgré l'œuvre abominable qui s'accomplit, dit sa chanson claire et constante, notre église au clocher svelte qui pointe sa flèche au ciel, notre église se disloque, craque sous sa charpente volée en morceaux, abandonne ses toits ou ses nefs au regard du ciel impassible, s'emplit de matériaux effondrés et devient une vaste ruine où Dieu ne peut plus habiter.

Notre hôtel de ville tout flambant neuf, nos écoles si vastes, si saines, si propres à recevoir nos enfants appelés à la communion de la science, ne sont plus que des bâtiments voués à l'entière destruction, au silence et à la solitude. Et nos chères têtes blondes et mutines vont être longtemps privées de la nourriture spirituelle et de l'aliment moral qui doivent en faire des citoyens libres, éclairés et dignes, des travailleurs capables de porter le fardeau des tâches de l'avenir, des labeurs gigantesques qui doivent forger des siècles neufs.

Mais ce qui parle haut et dit mieux la violence des explosions qui ont amené la catastrophe, c'est l'immense excavation creusée entre les voies du chemin de fer, près de la gare. Le trou béant comme une gueule de monstre apocalyptique, qui menace de tout engloutir, ne mesure pas moins de 10 mètres de large sur 40 à 50 de long et 10 à 15 mètres de profondeur. On se demande si ce gouffre ne cache pas le seuil du sombre empire de Pluton.

Et veut-on avoir une étendue du désastre? Que l'on pénètre dans chaque demeure. Les portes sont forcées, tordues presque, volées en éclat. Les meubles fracassés, fendus, endommagés, plongés sous le voile épais des débris de briques, de tuiles, de plâtras. Les parquets sont jonchés d'objets cassés, de vaisselle réduite en miettes, d'ustensiles de ménage projetés dans toutes les directions, bossués, broyés, de vêtements abîmés, de linges déchiquetés. Plus rien n'est debout ni en place, plus rien ne vaut la peine qu'on le ramasse sous l'ensevelissement des décombres ! Les propriétés, jardins, prairies, vergers, sont couverts de tuiles et d'ardoises emportées par le vent de la tourmente, de morceaux de bois, de débris de toute nature et spécialement d'obus entiers, d'engins de destruction de cent espèces, de morceaux de fer, de parties de rails, d'armature de wagons et même d'essieux avec leurs roues ! Et toute cette ferraille qui pouvait la mort est projetée à des distances fantastiques. Les haies, les arbres fruitiers de toute essence, nos bois eux-mêmes, haussant leurs cimes dépouillées sur les coteaux, ont reçu de telles blessures qu'ils en souffriront longtemps. Pour qui s'aventure dans cet amoncellement de ruines, il fait prudent voir où l'on met le pied si l'on ne veut pas provoquer l'explosion des obus intacts qui se rencontrent à chaque pas.

Que va coûter la réédification de toute notre commune bien-aimée ? Peut-être, nous disait un expert en art architectural, peut-être 1 million et demi à 2 millions... Est-ce assez prodigieux et édifiant?

Mais par un phénomène qui tient absolument du miracle, le cataclysme qui vient de s'abattre sur notre cher hameau n'a fait aucune victime humaine. Et pourtant, tous nos citoyens ont cru qu'ils ne sortiraient point vivants de l'infernale tourmente!

Ah ! Quand je te contemple, ô mon petit Jamioulx, quand je promène les yeux sur tes rues, sur tes maisonnettes, sur tes courtils et tes arbres, je me sens envahi par une immense douleur et des larmes jaillissent de mes paupières. Tu es ruiné, charmant village, anéanti par les spadassins d'Attila. Que tu étais pimpant et coquet, cependant, quand les mois de printemps te faisaient une couronne des bois qui se haussent sur tes collines bleues et que tu parais ta coiffure des fleurs de nos prairies et de nos pommiers. Te voilà détruit, tu n'existes quasi plus que de nom et tes maisons éparses, sur les pentes disséminées au bord des routes, qui descendent au galop pour remonter les côtes en soufflant, ne permettent plus d'asiles convenables et suffisants et maintenant, ployant sous le poids de l'épreuve, prostrés de douleur, nos concitoyens, famille par famille, s'en vont en exil, loin le leur foyer démoli, loin de tout ce qui faisait leur bonheur et leur vie. Quand reviendront-ils ? Qui le sait? Et nous aussi, le cœur saignant et l'âme en détresse, nous écrivons cette page pour que ceux lui viendront après sachent ce que nous avons ; souffert. Nous aussi, nous quittons notre maison pour aller reposer notre vieux front flagellé sous le toit qui nous donnera l'hospitalité. Te reviendrais-je ô mon charmant village? ô mon asile aimé? Que [a guerre soit maudite à jamais et que les peuples, elles les races teutonnes qui ont commis de pareils crimes et atteinte à la vie des gens, détruit les propriétés et foulé sous leurs bottes de brutes tout : e que la civilisation a de plus sacré et de meilleur, lue ces peuples soient l'exécration des hommes à travers la suite éternelle des siècles!

Jamioulx, le 16 novembre 1918

(s) Paulin Brogneaux


Retour page d'accueil