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C'est
en 686 que le roi de France Dagobert II fit de larges donations
à l'abbaye de Lobbes qui venait d'être fondée
par son cousin saint Landelin. Le document établissant
cette donation est reproduit en texte latin par l'abbé
Vos page 408 de son histoire de l'abbaye de Lobbes. Parmi les
biens cédés à cette illustre abbaye se trouvait
le village de Nalinnes au pays de Lomme. Cependant cette donation
n'énumère pas les localités cédées
mais donne plutôt les limites des biens attribués
à Lobbes, de sorte que le nom de Nalinnes n'y figure pas.
C'est en 868 que nous trouvons pour
la première fois le nom de Nalinnes dans le fameux polyptyque
des biens de l'abbaye de Lobbes, établi par Jean, évêque
de Cambrai, sous le roi Lothaire.
Pendant plus de deux cents ans Nalinnes
appartint en pleine propriété au monastère
de Lobbes alors excessivement riche et renommé dans toute
l'Europe.
C'est au cours de ces années
que vécurent les grands saints de Lobbes parmi lesquels
on distingue tout spécialement saint Ursmer (644-713).
Abbé de Lobbes, Ursmer fut sacré évêque
par le pape Sergius en 697 ; le souverain pontife remit au prélat
une importante relique de saint Pierre destinée à
son monastère de Lobbes.
Contrairement à ce qui est
souvent affirmé, il ne s'agissait pas du bras de saint
Pierre mais des os de jambe contenus dans un reliquaire en forme
de bras orné d'argent. Ce reliquaire resta la propriété
de l'abbaye de Lobbes jusqu'en 1794. Selon Vos, lors du rétablissement
du culte dans nos provinces, il fut remis à l'église
de Binche. Il y est toujours.
En considération des honneurs
qui devaient être rendus à cette relique le pape
Sergius interdit à tout fidèle, quel qu'il soit
de prendre sépulture dans l'enceinte du monastère.
De retour à Lobbes, Ursmer fit construire une nouvelle
église à quelques centaines de mètres du
monastère, sur le plateau qui domine la vallée de
la Sambre. Par la suite, cette église fut dédiée
à saint Ursmer ; elle existe toujours, c'est l'église
paroissiale de Lobbes, de style roman, datant de l'époque
de Charlemagne. Elle fut restaurée fin du siècle
passé et vers 1945 ; on y pratiqua des fouilles qui mirent
à jour de nombreux tombeaux contenant quelques restes des
moines de l'abbaye.
Outre saint Ursmer, beaucoup d'autres
personnages s'illustrèrent par leurs vertus au cours du
huitième siècle. Ce furent saint Ermin, saint Dodon,
saint Abel, saint Ulgiste, saint Amoluin, tous moines ou abbés
de Lobbes. A cette époque vécurent aussi sainte
Amalberge, mère de sainte Gudule, sainte Renelde et sainte
Pharaïlde ; saint Hydulphe, saint Aye, et bien d'autres que
nous ne pourrions citer sans devenir fastidieux.
A cette période de foi et
de vertu succéda un demi-siècle de relachement.
Les successeurs de Charlemagne se permirent d'intervenir dans
le choix des abbés de Lobbes et le siège de saint
Ursmer fut malheureusement occupé par des aventuriers et
des intrigants. Si en 868, le roi Lothaire fit établir
la liste des biens de l'abbaye c'est pour éviter que ceux-ci
ne passent aux mains des familles des abbés qui gouvernaient
le monastère à leur profit.
Au cours du neuvième siècle,
les Normands pillaient et ravageaient nos contrées. Ils
arrivèrent devant Lobbes en 880 et les religieux se retranchèrent
à Thuin où ils avaient fait fortifier un éperon
rocheux entre les vallées de la Sambre et de la Biesme.
En 891, les Normands furent battus par Arnould, descendant de
Charlemagne, qui fut puissamment aidé dans cette guerre
par Fràncon, évêque de Liège. En récompense
de ses services, Arnold conféra à Francon la dignité
abbatiale du monastère de Lobbes en date du 17 décembre
889.
Dans son histoire de Lobbes (volume
1 annexe 6) l'abbé Vos reproduit le texte latin de la donation
du roi Arnould. En vertu de ce document, l'abbaye de Lobbes, son
territoire, ses églises, ses cellules, ses bourgs. ses
villages, ses familles et ses serfs devinrent la propriété
de l'évêque de Liège et par après de
la principauté ecclésiastique de Liège.
Les religieux, écrit Vos,
consentirent à recevoir un prélat aussi respectable,
à condition que la moitié des biens du monastère
au moins continuerait d'être employé à l'usage
des frères, tandis que l'autre appartiendrait à
l'évêque pour l'entretien des troupes qui serviraient
àla défense du pays. Ils stipulèrent aussi
que les dîmes seraient appliquées aux pauvres et
aux voyageurs et distribuées à la porte de l'abbaye.
Ainsi, les pouvoirs spirituel et temporel furent remis entre les
mains du prince-évêque sans que les liens qui nous
unissaient à l'abbaye de Lobbes soient rompus en raison
de la restriction contenue dans la donation. Ces liens devaient
perdurer jusqu'à la fin du XVIII siècle.
Nalinnes devait à l'abbaye
de Lobbes, la bancroix, la cotisation et les mailles. Signalons
ici que huit abbés de Lobbes furent en même temps
évêques de Liège. Elle comportait à
ce moment deux églises et celle bâtie en l'honneur
de saint Paul fut brûlée avec le cloître environnant.
L'église abbatiale fut épargnée ainsi que
l'église Saint-Ursmer dans laquelle les moines s'étaient
retranchés.
Le dernier évêque qui
fut abbé de Lobbes, Eucare, rendit aux moines la liberté
d'élire leur abbé mais réserva pour son église
de Liège plus de la moitié de leurs biens. Au lieu
de cent septante quatre villages qui appartenaient au monastère
de Saint-Pierre en 868, il ne lui en resta plus que trente-trois.
Nalinnes ne figure pas dans la liste de ces villages. Cependant
le seul effet de cet arrangement pour Nalinnes fut de nous exempter
de la dîme au profit de l'abbaye de Lobbes. Nous verrons
que ce fut bientôt à l'église Saint-Barthélemy
que nous dûmes payer cet impôt.
Nous avons écrit que nous
devions au monastère de Lobbes la bancroix, la cotisation
et les mailles.
Extrait de LE MARLOYAT
- N° 19 - Mars 1972
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