D'OU VIENT LE MOT "PASQUÎYE"
Qu’entend-on par "pasquîye"et d’où vient ce mot? C’est cc que nous allons voir.
Au XIVe siècle, vivait à Rome, un tailleur assez renommé qu’on appelait maître Pasquin. Sa boutique était située dans le quartier de Parione. Il habillait une bonne partie des artisans, et ne craignait pas de draper, avec ses garçons, le Pape, les cardinaux, les autres prélats et les seigneurs de la cour apostolique. Ceux-ci méprisaient ses coups de langue et, dans leur dédain pour le peuple, auraient tenu à déshonneur de s’en trouver blesses. Cette tolérance servit d'encouragement. Si quelqu’un osait blâmer la vie ou les actes d’un homme puissant, afin de se dérober aux suites de sa témérité, il s’abritait derrière la mauvaise réputation de Pasquin et de ses garçons et leur attribuait l'épigramme. Peu a peu on prit, dans la suite, l’habitude de mettre sur le dos de Pasquin tout le mal qu’on disait des ecclésiastiques et des courtisans.
Or, il advint qu’après sa mort, en dépavant pour la réparer, la rue de Parione, on dressa contre la boutique du tailleur une statue antique de marbre, mutilée en partie et représentant un gladiateur, qui embarrassait la voie publique. Le peuple la voyant là. lui donna le nom de maître Pasquin, et continua à rendre la statue responsable des discours et des écrits dont l’auteur n’aurait pu se nommer sans péril. Bien certain de l’impunité, Pasquin devint, des lors, le censeur historique des Papes. (Castelvetro, Ragione d’alcune cose, pp. 92, 93. op. cit, par Mary Lafon, Pasquin et Marforio (Paris, 1861), pp. 2, 3. )
A peu de temps de là, on découvrit la statue de Marforio, ainsi appelée parce qu’elle était sous les décombres de l’ancien forum de Mars, Martis forum, par corruption Mars fori.
Pasquin ne fut pas plus tôt campé sur son piédestal que les Capo Rioni ou chefs du quartier, profitèrent de sa situation au centre de la ville et dans le passage le plus fréquenté, pour le livrer aux afficheurs. On commença par coller à ses pieds, les avis et règlements municipaux. puis I’autorité ecclésiastique y placarda ses bans pieux ses bulles ses indulgences ce qui donna l'idée aux tents d’y afficher furtivement, la nuit, leurs protestations et leurs satires.
A peine admise pour Pasquin, la fiction qui le personnifiait s’étendit à Marforio. Le peuple en fit son cousin, son ami intime et son interlocuteur, et ces deux statues mutilées, douloureux, mais éloquents symboles de la Liberté et de Rome, parlèrent, se répondirent, et, dans leurs dialogues immortels, flétrirent à jamais le mal et l’arbitraire. (Mary Lafon, " loc. cit.,, pp. 7. 8. )
La plupart de ces épigrammes et fragments d’écrits satiriques étaient anonymes. Il eut été trop dangereux de s’en dire l’auteur, car la répression était atroce. Plusieurs furent pendus, brûlés, ou eurent la main coupée; d’autres furent étrangles ou jetés dans le Tibre, une pierre au cou.
Les mots pasquin, pasquinade, nous sont restés pour désigner un écrit satirique, une épigramme malicieuse, une raillerie bouffonne, triviale.