QUEL EST LE SENS ACTUEL DU MOT "PASQUÎYE"
Le sens actuel du mot pasquîye (ailleurs pasquèye. "pasquèye" ou "pasquêye") varie quelque peu suivant les régions.
Mais, au fait, qu’est-ce qu’une pasquèye ? se demande le verviétois J. WISIMUS.
Pour un vieux wallon, le doute n’est pas possible la pasquèye est une chanson et ne peut être qu’une chanson. Que messieurs les académiciens l’affublent d’une autre définition, peu importe. Dans l’esprit wallon, les mots "tchanter" et pasquèye sont inséparables... (Bulletin de la Société de littérature wallonne, T. 65-(1932-1933), p. 144.)
Le liégeois Eugène POLAIN, sans être aussi catégorique, semble partager la manière de voir de M. Wisimus, lorsqu’il écrit
Notre pasquèye, qui s’écrit pasquille au XVIe siècle et même avant, tant à Liège qu’à Lille et en d’autres endroits, est partout considérée comme une chanson railleuse, satirique. calomnieuse même, car ses auteurs sont souvent poursuivis par l’autorité.
En réalité, la pasquèye est une satire, mais une satire légère, en demi-teinte, aux allusions discrètes, qui égratigne sans appuyer sur la blessure. Elle exige une plume délicate, spirituelle et fine. (Bulletin de la Société de littérature wallonne. T. 58 (1924), p. 266.)
Selon 0. COLSON, la pasquêye désigne proprement la chanson a tendance plus ou moins satirique ou facétieuse. Ce n’est qu’abusivement et assez récemment, sans doute, que ce mot de pasquéye a désigné la chanson nouvelle, quel que soit son genre. (Wallonia , 11° année (1903), p. 260.)
De son côté Ulysse CAPITAINE entend par pasqueze toute chanson en dialecte wallon élogieuse ou satirique gaie ou élégiaque, politique ou religieuse, morale ou graveleuse. (Annuaire de la Société liégeoise de littérature wallonne, T. 3 (1867), p. 89.)
REMACLE (Dictionnaire wallon et français, (Liège, 1823), p. 251.), LOBET (Dictionnaire wallon-français " (Verviers, 1854), p. 405.) et HUBERT ( Dictionnaire wallon-français " (Liège, 1857), p. 198.) partagent ces opinions et, pour eux, la pasquèye est, en ordre principal. une chanson wallonne burlesque, plaisante ou satirique. Par extension, ils donnent à ce mot la signification de raillerie satirique.
Tous nos philologues n’admettent pas une acception aussi restreinte qui semble s’écarter du sens primitif.
Selon Ch. N. SIMONON (Poésies en patois de Liège... (Liège, 1845), p. 25.), on donne le nom de paskèye a toute pièce de vers en patois de Liège. Chansons, satires, éloges. etc., toutes, à l’exception des pièces dramatiques, portent le nom de paskèyes.
En ce qui concerne la province de Liège, la définition donnée par M. Jean HAUST (Dictionnaire liégeois (Liège, 1933), p. 461.) parait être la plus exacte.
Pasquèye. pasquille ", satire en vers wallons; par extension, toute espèce de chanson burlesque, plaisante, bachique, etc., écrite en wallon.
ancien français pasquile, français pasquin, emprunté de l’italien pasquino.
Et c’est bien ainsi que nos aïeux la comprenaient. Pour s’en convaincre, il suffit de rappeler quelques œuvres dénommées de la sorte et qui ne sont pas des chansons
1. Paskeille sur le véritable détail du siège et dessiègement de la généreuse Vienne. Poème liégeois, 1683 (Revue Les dialectes belgo-romans, t. I, no 1, janvier-mars 1937, pp. 15 29.)
2. Pasquée critique et calotenne sot les affaires de l’mediçenne. Poème satirique liégeois, daté de 1733. (Bulletin de la Société liégeoise de littérature wallonne ", t. I (1858), pp. 142 a 190.)
3. Pasqueille plaisante entre Piron et Pentcoise sur’ l'élection du nouveau abbé de Saint-Jacques en Liège le 24 mars 1675. Poème liégeois dialogue. (ibid., t. II, 2e partie (1859), pp. 24 a 32.)
4. Paskey dit Quarem et Charnée. Poème liégeois, satirique et facétieux, date de 1700 ? (Ibid. t. VI., 2e partie (1869), pp. 1 à 20.)
5. Paskaye memorialle de la premiere pierre mise dans les fondements de la maison de ville dans Liege, le 14 daoust 1714. Poème dialogue. Annuaire de la Société liégeoise de littérature wallonne t. UI (1867), Pp. 99 a 106.)
6. Paskéle entre Houbièt et Piron so les troubles del magistrature en 1677. Poème liégeois dialogue. ( Ibid. IX (1884), pp. 128 a 148.)
C’est, d’ailleurs, dans ce sens que la Société de Littérature Wallonne interprète ce mot. Le programme de son vingt-troisième concours est réservé à la pasquèye et, comme définition, il est ajouté poésie satirique ". ( Ibid. XXXIII (1927-1934), p. 72.)
Jadis, à Namur, le mot " pasquéye" était compris dans le même sens. Il suffit de rappeler la Paskéye del toâ d’Houyoux et di ses deux soûs, poème anonyme de 110 vers, date de 1730. ( Edité chez Oger Lahaye, imprimeur et libraire, rue de la Croix, ont Yenseigne del Bole a Namur. Un exemplaire en est conserve dans les archives de la Société Archéologique de Namur. Des extraits de ce poème ont été publiés dans Anthologie des poètes wallons namurois, par Lucien et Paul Maréchal. (Namur, 1930) et dans les Annales de la Société Archéologique de Namur, t. III (1853), p. 144.)
Actuellement. dans cette région, le sens de ce mot s’est modifié et il ne signifie plus que farce, bonne blague ( Leon Pirsoul, " Dictionnaire wallon-français . Dialecte de Namur, deuxième édition, 1934.) ou, plus exactement encore : scène comique, bouffonnerie qui a lieu dans une famille, entre habitants d’une localité (J. Waslet, Vocabulaire wallon-français dialecte givetois (Sedan 1923), p. 191.). Bien des auteurs dramatiques ont intercalé cette expression dans les titres de leurs œuvres. Voici quelques cas:
One pisquée ès mon Myen, comêdie-vaudeville en 3 actes, de Louis Boland (Namur).
Les paskées d’on riv’nant, comédie en 1 acte, de Maurice Baudhuin (Namur).
Pasquee esmon Jacqueline, comédie en 1 acte. de Edmond Fontaine (Namur).
One pasquée au villatche, comédie-vaudeville en 1 acte, de Louis Toussaint (Dinant).
One pasqueie on djou d’novel an, comédie-vaudeville en 1 acte, de François Dury (Dinant).
Enn’ pasquée mon l’méd’cin Bistouri. comédie en 1 acte, de Marcel Urbain (Fosses).
Enne pasquée au bureau du commissaire, vaudeville en 1 acte, de Henri Vandendries (Farciennes).
Le namurois Auguste Vierset a écrit Les pasquées di Biètrumé Picar, poème heroï-comique. (Impr. G. Bovy (Liege. 1938).)
A Malmédy, lu pasquêye est une chanson satirique. Jadis, les orles n’étaient rien d’autres que des pasquêyes qu’une sise ou l’autre composait et débitait le lundi ou le mardi du carnaval. (Fré Mati enri Bragard] dans l'" Armonac wallon d’Mam’di ", 1937, p. 63.)
C’est également dans le sens de chanson satirique que le mot pasquèye est connu en Ardennes. ( Louis Banneux, " Les charivaris ", dans " La Défense Wallonne " (Bruxelles), no du 27 décembre 1931.)
A Châtelet et Montigny-sur-Sambre, pasquîye signifie aussi mésaventure.